Souveraineté et défense, priorités stratégiques

Souveraineté et défense, priorités stratégiques

mai 1, 2026 Non Par Invité(e)s

Les Expert(e)s > technolgie > Stéphane Nières-Tavernier, gérant,
Responsable du pôle Technologie
La Financière de l’Échiquier

Les réalités géopolitiques rappellent que la défense des intérêts européens exige des compétences et du capital. L’actuel conflit au Moyen-Orient démontre le besoin grandissant d’investir pour faire face aux guerres modernes. Cette accentuation des risques géostratégiques nourrit la montée en puissance, sur le terrain de l’investissement, de la thématique de la souveraineté européenne. Un impératif stratégique pour lequel la mobilisation de l’écosystème financier est essentielle, et une dynamique porteuse de croissance pour un tissu d’entreprises innovantes comme pour les investisseurs.

La souveraineté technologique

La souveraineté technologique est au cœur de cette transformation. La capacité à maîtriser les chaînes critiques de valeur et à sécuriser les données est devenue primordiale. Pour assurer son autonomie stratégique, l’Europe a des besoins multiples et grandissants, qu’il s’agisse des boucliers de défense, des sites stratégiques, de la montée en puissance des outils d’intelligence artificielle, du secteur de la cybersécurité ou encore des drones… Désormais, il est décisif d’allier la perspective courte à la dimension stratégique de long terme, qui impose aux États d’investir régulièrement pour rattraper leur retard. Dans le domaine de la défense, l’enjeu est encore plus clair: la montée en puissance des budgets publics et la nécessité de doubler la production des écosystèmes industriels européens supposent un effort massif de recapitalisation. À terme, cela permettra de générer de l’emploi qualifié, de solidifier les réseaux de sous-traitants, tout en créant un ancrage local.

La «défense tech», secteur stratégique

Les budgets de défense des États membres de l’Union européenne, historiquement variables d’ajustement, devraient à moyen terme passer de moins de 2 à 3% du PIB à 5%. L’accélération de la hausse des dépenses liées à la défense en Europe stimule également des secteurs d’activité à la croisée des industries de la défense et du spatial. Une tendance qui constitue l’un des catalyseurs de croissance structurelle de l’écosystème spatial mondial. Le marché de la défense spatiale est ainsi estimé, d’ici à 2035, à 250 milliards de dollars, soit une progression de +9% par an en moyenne, avec des secteurs en plus forte croissance encore et une accélération attendue à court et moyen terme.

L’accès à l’espace, sa surveillance et sa protection sont devenus des enjeux de souveraineté nationale. Les français Thales et Safran ou les italiens Avio et Leonardo, par exemple, captent déjà cette inflexion historique et symbolisent la montée en puissance des industriels européens de la défense et de l’aéronautique. Ces groupes se positionnent également sur la cybersécurité, les drones et les technologies duales, civiles et militaires, segments en croissance structurelle. À titre d’exemple, 55% du chiffre d’affaires de Thalès, dont les activités sont à l’origine principalement axées sur le civil, sont aujourd’hui dédiés à des activités de défense. Un chiffre qui s’élève à 70% pour l’italien Avio. Avec des carnets de commandes bien fournis, ces fleurons pourraient devenir le nouveau moteur boursier de l’Europe.

La montée des risques géostratégiques et leur répétition valident notre thèse de la montée en puissance de la thématique de la souveraineté. Les alliances et les liens historiques entre blocs et pays ne sont plus aussi solides que par le passé et soulignent le besoin de l’Europe de s’organiser pour assurer son autonomie stratégique. La volonté, chaque jour plus évidente, des États-Unis de sortir de l’OTAN remet en question plus de soixante-dix ans d’histoire. Bâtir quelque chose de similaire va demander d’énormes moyens, et ce, pendant de nombreuses années.

En parallèle, du côté du financement, la concentration croissante des flux vers les grandes capitalisations américaines et les stratégies indicielles renforce encore le risque de décrochage structurel de l’Europe. Dans ce contexte, la gestion active de conviction est, selon nous, un acteur particulièrement stratégique, en accompagnant des entreprises qui construisent les fondations technologiques et industrielles de la souveraineté européenne.

Disclaimers: Ces informations et opinions de LFDE ainsi que les secteurs et valeurs mentionnés sont fournis uniquement à titre d’information et, de ce fait, ne constituent ni une offre d’achat ou de vente d’un titre, ni un conseil en investissement, ni une analyse financière. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.