Les métiers bancaires ne disparaissent pas : ils changent de niveau 

Les métiers bancaires ne disparaissent pas : ils changent de niveau 

septembre 1, 2026 Non Par Daniel Stanislaus Martel

L’Observatoire ISFB des compétences bancaires et financières a présenté ses premiers résultats. Une première photographie qui confirme une transformation profonde des métiers de la banque, davantage qualitative que quantitative.

Présenté mercredi 26 août aux membres de l’ISFB, le premier cahier de l’Observatoire réunit huit contributions, dont trois recherches conduites avec l’Université de Genève et une enquête menée auprès de 230 collaborateurs de banques romandes. Leur constat converge : les fonctions évoluent, les compétences attendues montent en gamme et la frontière entre expertise humaine et technologie se redessine.

L’IA accélère une transformation déjà engagée

Les recherches menées par Erwan Bellard et Nathalie Delobbe à l’Université de Genève situent cette évolution à l’horizon 2035. Quatre facteurs se conjuguent: technologie, durabilité, réglementation et évolution des attentes des clients.

L’IA constitue évidemment un accélérateur. Mais elle ne semble pas, à ce stade, annoncer une disparition massive des métiers. Elle contribue plutôt à déplacer leur contenu vers davantage de spécialisation, d’analyse et de capacité de jugement.

C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de cette première étude: la question n’est plus seulement de savoir quelles tâches pourront être automatisées, mais quelles compétences permettront demain de donner du sens, de contrôler et d’arbitrer les résultats produits par les technologies.

Le client, moteur du changement

L’enquête, conduite par Christelle Zagato, Spécialiste Recherche et Enquêtes au sein de l’Observatoire ISFB et doctorante à l’Université de Fribourg, et réalisée auprès de 230 collaborateurs confirme cette perception. 99 % des répondants anticipent une transformation de leur fonction d’ici 2030-2035 et 94 % estiment devoir renforcer leurs compétences pour continuer à l’exercer correctement.

L’IA arrive en tête lorsqu’elle est considérée isolément. Mais lorsque les facteurs sont appréhendés dans leur ensemble, l’évolution des attentes des clients — rapidité, simplicité et personnalisation — apparaît comme le véritable moteur de transformation.

Autrement dit, la technologie ne transforme pas la banque seule: elle répond aussi à un client qui attend une expérience différente.

Le nouveau défi : savoir exercer son jugement

Cette évolution soulève toutefois une question essentielle: que restera-t-il spécifiquement humain dans les métiers financiers ?

Pour Stéphane Bonzon, psychologue de l’ISFB, la réponse réside notamment dans le discernement. L’IA peut considérablement améliorer la vitesse et la qualité du travail sur des tâches standardisées. Elle devient en revanche plus fragile lorsque les situations nécessitent d’interpréter des informations contradictoires ou de porter un jugement critique.

Plus les outils deviennent performants, plus la capacité à les contrôler devient donc une compétence professionnelle en soi.

Cette évolution pourrait progressivement faire émerger un nouveau profil de professionnel bancaire : moins centré sur l’exécution, davantage sur l’analyse, la contextualisation, la relation et la décision.

Une banque où les compétences se recomposent

Le premier cahier de l’Observatoire ISFB ne prétend pas prédire la banque de 2035. Il propose plutôt un point de départ pour observer ses transformations. Et son message est déjà clair : les métiers bancaires ne semblent pas se réduire ; ils se spécialisent et exigent des niveaux de qualification toujours plus élevés.

La maîtrise des compétences financières et numériques, complétée par une bonne compréhension des enjeux de durabilité, pourrait ainsi devenir l’un des marqueurs des compétences recherchées demain.

Pour les établissements, l’enjeu sera donc moins de choisir entre l’humain et la technologie que de réussir leur articulation. Pour les collaborateurs, il sera de continuer à apprendre. Et pour les institutions de formation, d’anticiper suffisamment tôt les compétences qui seront nécessaires.

Le véritable sujet de l’IA dans la banque n’est peut-être finalement pas combien d’emplois elle supprimera, mais combien de professionnels elle obligera à devenir meilleurs.

« Les évolutions que nous documentons sont progressives. Un métier peut garder son intitulé pendant que son contenu se déplace. L’Observatoire ISFB observe, rapproche les regards et formule des hypothèses que le terrain viendra confirmer ou corriger. Les métiers évolueront progressivement, mais une tendance est déjà claire : le niveau de compétence attendu s’élève dans presque toutes les fonctions bancaires »,

Mathias Baitan, directeur général de l’ISFB