Préserver la promesse du deuxième pilier

Préserver la promesse du deuxième pilier

août 27, 2026 Non Par Daniel Stanislaus Martel

longévité, rendement et gouvernance: les nouveaux équilibres de la prévoyance professionnelle

« À propos de l’auteur » Daniel Daniel Stanislaus Marte, PhD, est docteur ès sciences économiques et sociales de l’Université de Genève. Chercheur, enseignant et journaliste spécialisé, il conseille sur l’innovation et le développement économique, avec une expertise portant sur la stratégie, l’innovation, les technologies, la géopolitique économique et le développement du secteur privé. Auteur de nombreux articles publiés dans des revues spécialisées suisses et internationales, il intervient régulièrement sur les questions liées à la finance, aux technologies émergentes, à l’aérospatial et aux politiques publiques. En tant que directeur de la publication de Point de mire, il s’attache à proposer une information rigoureuse, indépendante et accessible aux professionnels comme aux lecteurs curieux des grandes évolutions économiques et et innovations technologiques.

Le deuxième pilier occupe une place singulière dans le modèle social suisse. Avec près de 2 millions d’assurés actifs et plus de 1300 milliards de francs d’actifs sous gestion, il constitue non seulement l’un des principaux instruments de prévoyance du pays, mais représente également des investisseurs institutionnels majeurs dont les décisions influencent durablement l’économie nationale. Pourtant, rares sont les sujets qui suscitent autant de débats. Vieillissement de la population, baisse des rendements, évolution du marché du travail, réforme des paramètres techniques ou encore exigences accrues en matière de gouvernance : les défis semblent se multiplier au point de donner parfois l’impression que le système serait entré dans une crise permanente. Cette perception mérite toutefois d’être nuancée.

Contrairement au premier pilier, financé selon le principe de la répartition, la prévoyance professionnelle repose sur un mécanisme de capitalisation. La démographie n’y agit donc pas de manière identique. Le véritable enjeu n’est pas tant le nombre de retraités que la capacité des capitaux accumulés à financer durablement des prestations dans un environnement profondément transformé. Autrement dit, le deuxième pilier ne traverse pas une crise de son modèle; il connaît une mutation de ses équilibres. L’allongement de l’espérance de vie modifie la durée pendant laquelle les rentes doivent être versées.
Les marchés financiers offrent des perspectives de rendement plus incertaines qu’au cours des décennies passées. Les parcours professionnels deviennent plus mobiles, plus fragmentés et moins linéaires. Dans le même temps, les assurés attendent davantage de transparence, de lisibilité et de sécurité.


Face à ces évolutions, les institutions de prévoyance sont poussées à adapter leurs stratégies d’investissement, leurs paramètres actuariels, leur gouvernance et leurs modes de communication, tout en préservant la promesse fondamentale du deuxième pilier: celle de garantir un revenu complémentaire permettant de maintenir, avec l’AVS, un niveau de vie approprié à la retraite.
C’est précisément cette transformation silencieuse que Point de mire se propose d’explorer, en s’appuyant sur les analyses présentées lors de La Rentrée de la Prévoyance 2026, et dont il est le partenaire média, et sur les éclairages de spécialistes du deuxième pilier. Plus qu’une succession d’expertises, les analyses réunies dans ce dossier spécial dessinent une conviction commune:  la pérennité du deuxième pilier dépendra moins d’une réforme ponctuelle que de sa capacité à évoluer en permanence sans renoncer aux principes qui ont fait sa force depuis quarante ans.

La démographie: un faux procès ?

Chaque débat consacré à la prévoyance suisse semble commencer par le même constat: le vieillissement de la population mettrait simultanément en péril l’AVS et la prévoyance professionnelle. Cette affirmation, largement reprise dans le débat public, mérite pourtant d’être examinée avec davantage de précision. Les deux piliers ne reposent pas sur les mêmes mécanismes de financement.

La prévoyance étatique du premier pilier fonctionne selon le principe de la répartition: les cotisations des actifs financent directement les prestations versées aux retraités. L’évolution du rapport entre actifs et bénéficiaires influence donc immédiatement son équilibre financier. Le deuxième pilier répond, quant à lui, à une logique différente. Chaque assuré constitue progressivement un capital destiné à financer sa propre retraite. Ce système de capitalisation ne supprime évidemment pas les effets du vieillissement, mais il les déplace. Le véritable défi réside moins dans la croissance du nombre de retraités que dans la durée pendant laquelle le capital devra produire un revenu. À cela s’ajoutent les perspectives de rendement des marchés financiers, l’évolution des taux d’intérêt, les paramètres techniques utilisés par les caisses de pension ainsi que les nouvelles formes de carrière qui modifient les trajectoires de cotisation.

La démographie n’est donc pas absente du deuxième pilier; elle agit différemment. Cette distinction est essentielle, car elle conditionne la nature des réponses à apporter. Là où le premier pilier s’interroge principalement sur son financement collectif, le deuxième pilier cherche avant tout à préserver l’équilibre entre prestations promises, rendements attendus et capacité financière des institutions de prévoyance. C’est dans cet espace que se joue aujourd’hui l’avenir de la LPP.


Le temps est devenu un paramètre financier

« la prévoyance professionnelle n’est pas directement confrontée au défi démographique comme l’AVS. Son principal enjeu consiste à adapter en permanence ses équilibres actuariels à une espérance de vie qui s’allonge, à des marchés financiers plus exigeants et à un environnement économique en constante évolution. Préserver le niveau des prestations suppose d’anticiper ces évolutions plutôt que de les subir. » , Francis Bouvier, responsable de la Prévoyance professionnelle à la BCV

L’espérance de vie constitue probablement la variable qui résume le mieux cette transformation. Lors de son intervention à La Rentrée de la Prévoyance 2026, Francis Bouvier, responsable du département Prévoyance professionnelle de la Banque Cantonale Vaudoise, rappelait que «  la question n’est plus uniquement celle de la constitution du capital, mais de sa capacité à produire durablement un revenu tout au long d’une retraite qui peut désormais s’étendre sur plus de deux décennies ». Cette évolution, qui témoigne des progrès de la médecine et de l’amélioration des conditions de vie, modifie profondément les équilibres de la prévoyance professionnelle. Plus la durée de versement des rentes s’allonge, plus les hypothèses relatives à la longévité, aux rendements futurs et aux paramètres techniques deviennent déterminantes pour assurer la pérennité du système. Francis Bouvier soulignait éga­lement que « la prévoyance professionnelle n’est pas directement confrontée au défi démographique comme l’AVS. Son principal enjeu consiste à adapter en permanence ses équilibres actuariels à une espérance de vie qui s’allonge, à des marchés financiers plus exigeants et à un environnement économique en constante évolution. Préserver le niveau des prestations suppose d’anticiper ces évolutions plutôt que de les subir. »
Le défi n’est donc plus seulement d’accumuler un capital au moment du départ à la retraite, il consiste aussi à garantir que ce capital puisse financer durablement les prestations promises dans un environnement économique et financier en constante évolution.

Le temps est ainsi devenu une véritable variable financière. Il impose aux institutions de prévoyance d’adapter en permanence leurs hypothèses, leurs stratégies d’investissement et leurs paramètres actuariels afin de préserver l’équilibre du deuxième pilier sur le long terme.

Des institutions qui assurent la continuité du système

Le deuxième pilier repose sur une architecture complexe réunissant institutions de prévoyance, employeurs, autorités de surveillance et différents organismes investis de missions spécifiques. Cette diversité contribue à la robustesse du système et à sa capacité à répondre à des situations très variées. Certaines institutions reflètent mieux que d’autres les mutations de notre système de prévoyance. La Fondation institution supplétive LPP occupe à cet égard une position unique. Chargée d’assurer les missions que la loi lui confie, elle intervient auprès d’employeurs ne disposant pas d’une solution de prévoyance, gère un nombre important de comptes de libre passage et accompagne des situations qui échappent aux circuits traditionnels du marché. Ces missions, souvent méconnues du grand public, illustrent l’évolution des parcours professionnels et la diversité croissante des situations auxquelles la prévoyance professionnelle est aujourd’hui confrontée.


La mobilité des carrières, le développement de nouvelles formes d’emploi et la multiplication des transitions professionnelles conduisent les institutions de prévoyance à accompagner des trajectoires toujours plus variées, tout en garantissant les droits des assurés. Au-delà des mécanismes financiers, la solidité du deuxième pilier repose également sur la capacité de ces institutions à remplir durablement les missions qui leur sont confiées par le législateur, afin d’assurer la continuité de la couverture de prévoyance et la confiance des employeurs comme d es assurés.


Le rendement, troisième cotisant: investir pour préserver la promesse

Les cotisations versées par les employeurs et les salariés constituent le socle de la prévoyance professionnelle. Elles ne suffisent pourtant pas, à elles seules, à garantir le niveau des prestations promises.Depuis la création de la LPP, les revenus générés par les placements jouent un rôle déterminant dans la constitution des avoirs de vieillesse. Sur le long terme, ils représentent une part considérable de la croissance des capitaux de prévoyance. À juste titre, les spécialistes qualifient depuis toujours le rendement des placements sous contrainte de l’OPP2 de «troisième cotisant». Cette réalité prend une importance accrue dans un environnement marqué par l’allongement de la durée des retraites. Plus les rentes doivent être versées longtemps, plus la performance des placements devient essentielle à l’équilibre du système. Pour autant, rechercher du rendement ne signifie pas rechercher la performance à tout prix.

Les institutions de prévoyance investissent avec un horizon qui se mesure en décennies. Leur responsabilité consiste à préserver durablement le pouvoir d’achat des avoirs confiés, tout en limitant les risques susceptibles de compromettre le financement futur des prestations. Les marchés financiers offrent toujours des opportunités, mais ils imposent également une discipline accrue dans la construction des portefeuilles. L’époque où les obligations d’État procuraient des rendements élevés sans risque appartient désormais au passé. Les épisodes de volatilité observés ces dernières années – remontée des taux d’intérêt, tensions géopolitiques, inflation persistante ou ralentissement économique – rappellent que les investisseurs institutionnels doivent continuellement adapter leurs stratégies.

Cette évolution conduit les caisses de pension à renforcer la diversification de leurs placements. Actions, obligations, immobilier, infrastructures, dette privée ou placements alternatifs sont désormais combinés dans une logique de complémentarité, afin de répartir les risques et d’améliorer la résilience des portefeuilles. La performance financière ne constitue toutefois pas une fin en soi. Elle demeure au service d’un objectif beaucoup plus fondamental: garantir les prestations promises aux assurés tout en préservant l’équité entre les générations. Le rendement n’est donc pas seulement un indicateur de performance; il est devenu une composante essentielle de la promesse de prévoyance.


Les actifs réels : diversifier pour mieux protéger; quand l’immobilier devient un levier stratégique

Julian Reymond, CEO, Realstone

L’immobilier occupe depuis longtemps une place importante dans les portefeuilles des caisses de pension. Au-delà de sa contribution aux revenus réguliers, il constitue un facteur de diversification et de stabilité dans une stratégie d’investissement de long terme. Mais les exigences évoluent. Les enjeux liés à la transition énergétique, à la rénovation des bâtiments et à la valorisation des actifs conduisent les investisseurs institutionnels à repenser leur manière de détenir et de gérer leur patrimoine immobilier.

Lors de son intervention à La Rentrée de la Prévoyance 2026, Julian Reymond, CEO de Realstone SA, a illustré cette évolution à travers le mécanisme de l’apport en nature (swap). Celui-ci permet à un propriétaire – notamment une caisse de pension – d’échanger un immeuble contre des parts d’un fonds immobilier ou d’une fondation immobilière, tout en conservant une exposition au marché immobilier dans un portefeuille désormais diversifié. Cette approche présente plusieurs avantages. Elle améliore la liquidité du patrimoine, réduit le risque lié à la détention d’un actif unique et confie la gestion à une équipe spécialisée capable d’optimiser durablement la valeur des immeubles. Les exemples présentés montrent également que cette gestion active ne se limite pas à l’administration des immeubles. Elle peut passer par des rénovations énergétiques, une réduction des taux de vacance, des projets de densification ou encore un repositionnement des bâtiments afin de mieux répondre aux besoins du marché local. Julian Reymond a notamment présenté le cas d’un immeuble dont le taux de vacance est passé de 5,4 % en 2021 à 1 % en 2025 grâce à une gestion active, tout en améliorant sa durabilité par un raccordement au chauffage à distance et l’installation de panneaux photovoltaïques. Un autre exemple concernait la transformation d’un immeuble résidentiel ayant permis d’augmenter le nombre d’appartements de 41 à 54, de presque tripler les revenus locatifs et d’améliorer sensiblement le rendement brut du projet. Ces illustrations montrent que la qualité de la gestion appliquées aux immeubles constitue l’un des principaux leviers de création de valeur.

Pour les investisseurs institutionnels, l’immobilier apparaît ainsi moins comme un actif figé que comme une composante dynamique de la stratégie d’investissement. Bien géré, il contribue simultanément à la diversification, à la résilience des portefeuilles et à la génération de revenus réguliers, au bénéfice des assurés.


La gouvernance: une exigence de confiance et des décisions au service du long terme

La solidité du deuxième pilier ne dépend pas uniquement de ses performances financières. Elle repose également sur la qualité de sa gouvernance, c’est-à-dire sur la manière dont les décisions sont prises, les risques sont maîtrisés et les intérêts des assurés sont préservés dans la durée. Les institutions de prévoyance administrent des capitaux considérables avec un horizon d’investissement qui dépasse souvent plusieurs décennies. Cette responsabilité exige des processus de décision rigoureux, une gestion transparente et une répartition claire des responsabilités entre conseils de fondation, directions, experts, organes de révision et autorités de surveillance.

Dans un environnement financier et réglementaire de plus en plus complexe, la gouvernance est devenue un véritable facteur de performance. Elle permet de concilier les impératifs de sécurité, de rendement et de maîtrise des risques, tout en garantissant que les décisions prises aujourd’hui demeurent compatibles avec les engagements de demain. Cette exigence s’étend également aux critères de sélection des investissements. La qualité de la gouvernance des entreprises dans lesquelles les caisses de pension investissent constitue désormais un élément d’analyse à part entière. Une gouvernance solide contribue généralement à une meilleure résilience des organisations, à une gestion plus durable des risques et à une création de valeur inscrite dans le temps long.

La gouvernance joue également un rôle essentiel dans la relation de confiance avec les assurés. Une information claire, une communication transparente sur les choix d’investissement et une explication pédagogique des décisions renforcent la compréhension du fonctionnement du deuxième pilier et favorisent son acceptation.
À mesure que les défis démographiques, économiques et réglementaires se multiplient, la qualité de la gouvernance apparaît ainsi comme l’un des piliers les plus déterminants de la pérennité de la prévoyance professionnelle. Plus qu’un ensemble de règles, elle constitue le cadre dans lequel peuvent s’exercer durablement la responsabilité, la transparence et la confiance.


Investir pour plusieurs générations: le temps long comme horizon

La prévoyance professionnelle appartient à une catégorie particulière d’investisseurs. Contrairement à d’autres acteurs des marchés financiers, les caisses de pension ne recherchent ni une performance trimestrielle ni une rentabilité immédiate. Elles investissent avec un horizon qui dépasse souvent une génération. Cette caractéristique constitue l’une de leurs principales forces. Parce que leurs engagements s’étendent sur plusieurs décennies, elles peuvent absorber les fluctuations conjoncturelles, privilégier une vision à long terme et construire des portefeuilles pensés pour accompagner les grandes transformations économiques. Mais cette responsabilité implique également une discipline particulière.
Chaque décision prise aujourd’hui produira des effets pendant de nombreuses années. Les choix d’allocation d’actifs, les hypothèses retenues en matière de rendement ou encore les politiques de couverture des risques influenceront directement les prestations futures des assurés. Investir pour une caisse de pension consiste avant tout à gérer le temps. Il ne s’agit pas de rechercher la meilleure performance à court terme, mais de construire, année après année, un équilibre durable entre sécurité, rendement et stabilité. Cette approche conduit naturellement les investisseurs institutionnels à intégrer des critères de plus en plus larges dans leurs décisions.
La qualité des entreprises, leur gouvernance, leur résilience face aux mutations économiques, leur capacité d’innovation ou encore les enjeux environnementaux deviennent autant de facteurs susceptibles d’influencer leur performance sur plusieurs décennies. La gestion d’actifs rejoint ainsi pleinement la mission sociale de la prévoyance professionnelle: préserver durablement les intérêts des générations présentes sans compromettre ceux des générations futures.


La solidarité, condition de la confiance : un équilibre qui dépasse les seuls mécanismes financiers

Si la prévoyance professionnelle repose sur le principe de la capitalisation, elle ne peut être réduite à un simple mécanisme financier. Sa pérennité repose également sur un équilibre entre responsabilité individuelle, solidarité intergénérationnelle et dialogue entre les partenaires sociaux. Cette dimension est parfois moins visible que les questions relatives aux rendements, aux taux de conversion ou aux paramètres actuariels. Elle demeure pourtant essentielle au bon fonctionnement du deuxième pilier. Les institutions de prévoyance sont appelées à concilier des intérêts qui peuvent parfois sembler divergents: garantir les prestations des bénéficiaires actuels, préserver les perspectives des générations futures et assurer la stabilité financière des caisses de pension sur le long terme. Cet équilibre exige des décisions prudentes, transparentes et largement partagées. Les adaptations successives du système montrent que la prévoyance professionnelle ne peut évoluer durablement que dans le cadre d’un dialogue constructif entre les partenaires concernés. La confiance des assurés ne repose ainsi pas uniquement sur la performance des placements ou sur la solidité des institutions. Elle dépend également de la capacité du système à demeurer compréhensible, équitable et accepté par l’ensemble de ses acteurs. Dans cette perspective, la solidarité ne s’oppose pas à la responsabilité financière; elle en constitue l’un des fondements. C’est cette articulation qui permet au deuxième pilier de continuer à remplir sa mission dans un environnement économique et démographique en constante évolution.


L’assuré au cœur du système: comprendre pour choisir

« Un assuré bien informé est également un assuré plus autonome, capable de prendre des décisions éclairées tout au long de sa carrière  » Pasquale Zarra, CEO, lemania-pension

Longtemps, la prévoyance professionnelle est demeurée un univers largement réservé aux spécialistes. Les assurés recevaient leur certificat annuel, prenaient connaissance de quelques chiffres et découvraient souvent les mécanismes du deuxième pilier au moment de leur départ à la retraite. Cette époque touche progressivement à sa fin. La multiplication des parcours professionnels, les possibilités de rachats volontaires, les questions liées à l’accession à la propriété, au divorce, à la retraite progressive ou encore aux placements conduisent désormais les assurés à s’intéresser beaucoup plus tôt à leur prévoyance.
Cette évolution constitue une opportunité. Comme le relève Pasquale Zarra, directeur général de lemania-pension, un assuré bien informé est également un assuré plus autonome, capable de prendre des décisions éclairées tout au long de sa carrière. Cette pédagogie devient une mission à part entière pour les institutions de prévoyance. Expliquer les mécanismes de la LPP, rendre les décisions plus compréhensibles et renforcer la transparence contribuent directement à la confiance accordée au système. Le deuxième pilier n’est plus seulement une affaire de spécialistes. Il devient progressivement un sujet de culture financière auquel chaque assuré est appelé à participer.


Préserver la promesse du deuxième pilier

Quarante ans après l’entrée en vigueur de la LPP, une certitude s’impose: le deuxième pilier n’est pas confronté à une remise en cause de ses fondements, mais à une transformation profonde de son environnement. L’allongement de l’espérance de vie, la normalisation des rendements, l’évolution des parcours professionnels, les exigences accrues en matière de gouvernance et les attentes nouvelles des assurés redessinent progressivement les contours de la prévoyance professionnelle. Ces évolutions appellent des adaptations permanentes. Elles ne remettent cependant pas en cause l’ambition originelle du système. Garantir à chaque assuré un revenu complémentaire lui permettant, avec l’AVS, de maintenir un niveau de vie approprié au moment de la retraite demeure plus que jamais l’objectif du deuxième pilier. L’analyse développée dans ce dossier montre que cette ambition repose aujourd’hui sur plusieurs piliers complémentaires: une gestion financière rigoureuse, une gouvernance exigeante, des institutions solides, une vision à long terme et une confiance constamment entretenue entre tous les acteurs.
Au fond, la véritable force du deuxième pilier réside peut-être précisément dans sa capacité à évoluer sans renier sa vocation. Préserver la promesse de la prévoyance professionnelle ne signifie pas conserver le système en l’état. Cela signifie lui permettre de continuer à remplir sa mission dans un monde qui, lui, ne cesse d’évoluer.