Rahim Daya, CEO, Barclays Bank Suisse «Nos clients sont restés totalement fidèles»

Rahim Daya, CEO, Barclays Bank Suisse «Nos clients sont restés totalement fidèles»

août 25, 2022 Non Par Edouard Bolleter

Rahim Daya  est le CEO de Barclays Bank Suisse, une fonction qu’il assume depuis plus d’un an au sein de la banque sise à Genève, au chemin Grange-Canal. Nommé en avril 2021 à la tête de la branche suisse de Barclays, il est également responsable du private banking pour le Moyen-Orient. Le dirigeant nous a accordé un entretien afin de décrire la mission qui est la sienne et de préciser le rôle et les ambitions de Barclays en Suisse ces prochaines années. Le mot d’ordre est ambitieux puisqu’il vise une accélération de la croissance de l’établissement. Entre la pression de la concurrence locale qui ne cesse d’augmenter, les incertitudes liées à la pandémie et la situation de guerre en Ukraine, Rahim Daya dévoile les défis qui l’occupent en cette année 2022 si spéciale et explique comment il compte faire croître la Banque face à toutes ces difficultés.
Par Edouard Bolleter.

PdM: Monsieur Daya, vous avez succédé en avril 2021 à Gérald Mathieu au poste de CEO de Barclays Bank en Suisse, tout en conservant votre position de directeur de Barclays Private Bank pour le Moyen-Orient. Comment se sont déroulés ces derniers mois pour vous et quel était votre rôle auparavant?

Rahim Daya: Mon adaptation en Suisse a été rapide et simple car je suis habitué à changer de pays pour des raisons professionnelles. Avant mon arrivée à Genève, j’ai travaillé les deux dernières années à Dubaï en tant que directeur de Barclays Private Bank pour les Émirats arabes unis et le Moyen-Orient. J’ai été auparavant Head of Business Transformation au sein de Barclays Private Bank. Ma carrière a débuté chez RBS, où j’ai géré différents projets stratégiques à l’échelle mondiale au sein des divisions retail et wealth. Aujourd’hui, je suis rattaché à Gérald Mathieu, récemment nommé directeur de Barclays Private Bank pour l’Europe et le Moyen-Orient et CEO de Barclays Monaco.

Reste que vous êtes arrivé à la fin de la pandémie de Covid-19 !

Ces deux années ont été difficiles, mais ce nouveau rôle ne m’a pas posé trop de problèmes car je venais de Dubaï, une région bien touchée par la pandémie, bien qu’en sortie de crise. Je me sentais préparé mentalement lorsque je suis arrivé en Suisse, et le soutien de Barclays a permis à ma famille et à moi-même de nous acclimater plus facilement.

Barclays publie «In Switzerland»

Afin de démontrer encore plus profondément son ancrage en Suisse, la banque publie son magazine In Switzerland. L’édition de l’été 2022 est sortie, elle s’avère très riche en illustrations et sujets intéressants tout au long des 48 pages proposées. Le contenu offre notamment des interviews d’aventuriers, de collectionneurs ou de philanthropes inspirants. Mais le magazine contient également des informations sur l’immobilier suisse, le capital-investissement ou la monnaie par exemple.
L’éditorial reprend les thèmes chers au CEO: «Bien que l’avenir à court terme soit incertain, les arguments à long terme en faveur de l’investissement restent solides. Dans cette optique, il est utile de rechercher des opportunités de croissance et de changement, et ce sont deux thèmes explorés à travers In Switzerland». Le lien du magazine est à disposition sur la page LinkedIn de la banque

Genève est une ville internationale, vous ne devez pas être trop dépaysé ici…

C’est exact, je bénéficie d’une culture internationale et j’ai l’habitude de fréquenter des clients de toute origine. Ma famille s’est également très bien adaptée à Genève, et s’est rapidement fait une place dans notre nouvelle maison et la nouvelle école. Il faut dire que Genève est un lieu exceptionnel pour les expatriés. Pour ma part, je m’efforce dorénavant de progresser en français !

Revenons aux affaires, quelle est la place de Genève dans la stratégie de Barclays ?

La Suisse, siège de nombreuses banques privées internationales, est l’un des principaux sites internationaux de Barclays Private Bank. Je considère qu’il n’existe aucune place financière similaire dans le monde, car le pays réunit toutes les conditions et les offres avantageuses sur le marché bancaire et monétaire. L’offre est globale grâce à tous les acteurs présents de longue date ou nouveaux venus. Pour Barclays, être présent à Genève et à Zurich est donc une évidence. Ces deux villes offrent de nombreuses possibilités de renforcer et de développer les relations avec les family offices et les clients très fortunés. Nous sommes désormais la dernière banque britannique en Suisse, et nous sommes fiers d’apporter notre héritage britannique en Suisse.

Genève et Zurich sont effectivement vos deux sièges en Suisse; une complémentarité voulue ?

Oui, Genève est évidemment notre centre principal et regroupe la majorité de notre personnel. Zurich joue également un rôle important pour nous, car la ville couvre les marchés suisses onshore, ainsi que les marchés israéliens et africains. Il faut savoir que plus de 80% des activités de private banking du Moyen-Orient de Barclays sont dirigées à Genève. En effet, nos salles de trading sont à Genève, tout comme les experts hedge funds et le private equity. Une partie du personnel et des activités de Barclays dans le monde est centralisée à Genève, qui représente un centre clé pour la banque privée mondiale de Barclays.

Lorsqu’un nouveau dirigeant prend place, il impose souvent une nouvelle stratégie ou une nouvelle mentalité. Est-ce votre cas ?

Je n’ai pas changé la stratégie du groupe en Suisse. Elle est claire et adéquate par rapport à la stratégie de développement et d’extension dans les années à venir. Nous continuons à renforcer notre clientèle suisse, expatriée, ainsi que celle provenant du Moyen-Orient, des Émirats ou d’Israël notamment. Ces marchés constituent notre fer de lance. Notre ambition est de continuer à offrir une gamme complète de produits et services de conseil et de gestion discrétionnaire aux family offices et aux clients très fortunés en Suisse. Notre collaboration avec la banque d’affaires et d’investissement de Barclays joue un rôle majeur et participe à notre succès. En effet, elle nous permet d’offrir des solutions et des produits bancaires sur mesure à nos clients.

Mais quelles sont vos priorités aujourd’hui, à la mi-2022 ?

Nous restons concentrés sur la stratégie à long terme, à la fois en termes d’excellence pour nos clients et de croissance de notre empreinte d’investissement. En termes de croissance pour nos bureaux de Genève ou de Zurich, en 2021, notre équipe de couverture onshore suisse est passée de deux à cinq tout au long de l’année, et j’aimerais que cette croissance se poursuive de manière organique. Nous sommes conscients que le marché des professionnels de la banque en Suisse est en constante évolution. Le mot d’ordre pour nous est la croissance, à hauteur raisonnable.

La Suisse a connu des années mouvementées dans le private banking avec la disparition du secret bancaire notamment. Quelle est votre analyse à ce sujet, quelle est votre vision en tant qu’expert arrivant de Dubaï ?

L’histoire bancaire suisse est l’une de ses forces et elle perdure. En outre, les régulations et le contrôle effectués par la Finma sur l’activité et le comportement des établissements sont aujourd’hui primordiaux pour la clientèle internationale qui ne cesse d’augmenter ses dépôts en Suisse. Enfin, les talents qui exercent leur profession ici sont de très haut niveau, qu’ils viennent des universités suisses ou étrangères.

«Il est difficile de spéculer, mais je pense que la consolidation va durer, voire augmenter encore pendant les cinq à dix prochaines années.»

Rahim Daya, CEO, Barclays Bank Suisse

Barclays est un établissement d’origine étrangère qui veut croître en Suisse, le pays des banques par excellence. N’est-ce pas paradoxal ?

Non, car nous sommes présents ici pour profiter de l’expertise suisse dans le domaine du private banking, et apporter notre savoir. Au Royaume-Uni, Barclays est principalement connue en tant que banque de détail, ainsi qu’en tant que banque d’affaires et d’investissement. Notre stratégie à Genève est très différente en raison des spécificités locales. Notre différence avec les autres compétiteurs est claire. Nous gérons une banque suisse sous l’égide d’une grande banque britannique et nous proposons donc des services aussi bien personnalisés qu’universels. En tant que principal centre d’investissement fournissant des solutions bancaires et des solutions pour les investisseurs, nous apportons à notre clientèle la plus exigeante l’expertise de nos spécialistes mondiaux. En outre, il est primordial pour notre groupe d’avoir une banque en Suisse. Nous profitons de l’ADN britannique ainsi que de la sécurité suisse.

Mais la clientèle présente en Suisse n’est pas extensible à l’infini dans la gestion de fortune.Quelles sont les demandes de votre clientèle, compte tenu justement de vos spécificités ?

Notre clientèle comprend autant les family offices que des gens très fortunés (UHNW). Il s’agit d’une catégorie qui bénéficie d’une certaine fortune et qui passe par exemple ses vacances au Royaume-Uni, dans le sud de l’Europe ou en Suisse et s’intéresse à l’immobilier. Nous nous devons donc d’être présents partout ou presque, dans les lieux de villégiature ou dans les grandes métropoles. Suivant cette logique, nos services dans l’immobilier et la gestion de fortune sont d’un très haut niveau. Il faut ajouter qu’à Genève, le marché immobilier est très actif et que les acheteurs étrangers y sont particulièrement présents.

Quelles sont les nouvelles tendances ?

Nous anticipons de très forts transferts de richesse d’une génération à l’autre ces prochaines années. Il faudra accompagner ces mouvements dans la gestion de fortune et le conseil car les différentes générations ne sont pas toujours d’accord. Le processus est déjà en cours et nous constatons une demande exponentielle dans ce domaine particulier.

La clientèle fortunée aujourd’hui semble moins encline à rester fidèle à un seul établissement. Le constatez-vous ?

C’est exact et c’est logique, les clients sont très bien renseignés et ont des besoins très précis. En Suisse, la majorité des clients travaillent avec plusieurs établissements aux profils différents comme une banque privée, une entité étrangère ou un grand groupe universel. Cela permet de cumuler les avantages selon les cas. Pour notre part, nous «récupérons» souvent des clients qui se considèrent oubliés par leurs partenaires bancaires, ils se sentent parfois un peu perdus.

La crise sanitaire a-t-elle changé la donne ?

Nos clients sont restés totalement fidèles, même si nous avions moins la possibilité de les rencontrer. Par contre, la période a logiquement rendu plus difficiles l’acquisition et la recherche d’une nouvelle clientèle.

Et le fonctionnement opérationnel a-t-il subi des ralentissements ?

Les outils technologiques actuels nous ont heureusement permis de continuer notre mission sans encombre. De nombreux collaborateurs ont pu travailler depuis leur domicile, même si notre métier est centré sur le contact humain et que les séances en présentiel restent souvent indispensables. Nos locaux genevois sont grands et très modernes. Ils permettent de travailler et d’échanger dans d’excellentes conditions. Je suis très heureux de revoir nos équipes présentes sur place.

Quelles sont vos relations avec les autres établissements bancaires ?

Nous sommes toujours ouverts aux discussions avec d’autres banques. Par exemple, nous avons récemment signé un accord de recommandation avec Credit Suisse, en vertu duquel Credit Suisse doit nous recommander ses clients situés en Afrique subsaharienne en matière de gestion de patrimoine (à l’exclusion de l’Afrique du Sud).

La consolidation bancaire est toujours présente en Suisse.  Quelle est votre analyse ?

Il est difficile de spéculer, mais je pense que la consolidation va durer, voire augmenter encore pendant les cinq à dix prochaines années.

Le bassin romand regorge de fintechs prometteuses. Cette industrie vous séduit-elle, et quid de la cryptomonnaie ?

Nous suivons de près cette actualité. Il faudra toutefois analyser quel est le réel apport de ces fintechs et de leurs produits dans le monde du private banking et se demander si leurs activités sont pertinentes pour répondre aux besoins de nos clients. En ce qui concerne les cryptomonnaies, ce n’est pas un domaine sur lequel nous nous concentrons à l’heure actuelle.

Rahim Daya en bref
Rahim Daya a occupé plusieurs postes dans lesquels il s’est chargé de la formulation et de la mise en œuvre de transformations, de stratégies et de propositions. Il a également été chef de cabinet au sein de la division banque privée au Royaume-Uni et en Europe. Il a commencé sa carrière chez RBS et a dirigé diverses initiatives d’intégration et de gestion des coûts au niveau mondial.

Barclays, un géant mondial

Barclays est une banque universelle britannique. Le groupe se diversifie autant par ses métiers et ses types de clients que par ses zones géographiques. Les activités comprennent des opérations de banque, de consommation (retail) et de paiement dans le monde entier, ainsi qu’une banque d’entreprise et d’investissement mondiale de premier plan, à service complet.

Ces opérations sont toutes soutenues par la société de services de Barclays qui fournit la technologie, les opérations et les services fonctionnels à travers le groupe. Celui-ci est présent dans 40 pays avec environ 85 000 collaborateurs. Dans l’entité suisse, les fonds sous gestion ont augmenté de 10% en 2021 pour atteindre 15,6 milliards de francs.