Marché Global

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mai 12, 2021 0 Par Redaction

Althea Spinozzi
Saxo Bank

La hausse des rendements des bons du Trésor américain pourrait provoquer une nouvelle crise de la dette souveraine en Europe

a hausse des rendements des bons du Trésor américain entraîne immanquablement celle des rendements des obligations fédérales allemandes. Toutefois, les politiques monétaires des banques centrales peuvent considérablement diminuer la corrélation entre les deux emprunts. Mais un coup d’œil à la dette périphérique ne laisse rien présager de rassurant. Une fois couverts contre l’EUR, les bons du Trésor américain offrent un rendement bien supérieur à ceux des pays de l’Union européenne les plus vulnérables. Cela signifie que nous verrons peut-être bientôt une rotation de la périphérie vers les titres outre-Atlantique, susceptible de provoquer une nouvelle crise de la dette souveraine européenne.
La rapide hausse des rendements des bons du Trésor américain a apporté une certaine fraîcheur dans un marché contrôlé par les banques centrales et leurs politiques monétaires ultra-accommodantes. La pression inflationniste attendue, le programme de vaccination rapide et l’impasse de la Réserve fédérale semblent indiquer que cette hausse va se poursuivre, voire s’accélérer au cours des prochains mois.

Corrélation positive dans un contexte de claire divergence des économies

La hausse des rendements des bons du Trésor américain entraîne celle des rendements en Europe, en Australie et dans les marchés émergents. Bien qu’une telle tendance soit tolérable aux États-Unis dans un contexte d’amélioration des perspectives économiques, d’autres pays s’inquiètent du risque que ces hausses provoquent un resserrement des conditions financières alors que leurs perspectives restent sombres. C’est particulièrement le cas en Europe, où les marchés des capitaux se sont montrés nettement plus corrélés que l’économie, constituant une menace sérieuse pour la relance. Si un tel scénario devait se concrétiser, la BCE et l’Union européenne pourraient être contraintes de prendre des mesures extrêmes pour résoudre une crise qui verrait le bloc faire un pas de plus vers son unification monétaire, nivelant une fois pour toutes le coût du financement dans la zone euro.

La hausse des rendements des bons du Trésor américain entraîne immanquablement celle des rendements des obligations fédérales allemandes. La corrélation entre les deux titres est justifiée parce que cette hausse des rendements aux États-Unis pourrait persuader les investisseurs de placer davantage là-bas qu’en Europe, provoquant une correction des emprunts d’État sur le vieux continent. Puisque les rendements continuent de croître aux États-Unis, nous pouvons nous attendre à ce que ceux de l’État allemand en fasse de même, à moins que la Banque centrale européenne n’intervienne pour diminuer ou même briser la corrélation entre les deux titres.

La hausse des rendements des bons du Trésor américain menace la dette périphérique

La relation synchrone entre les bons américains et les obligations fédérales allemandes est capitale pour comprendre tous les actifs dont le cours dépend du Bund, notamment les dettes souveraines périphériques, parce qu’elles représentent un facteur majeur de risque pour toute la relance économique européenne.
Depuis la crise de la dette souveraine européenne, nous assistons à une compression rapide des spreads entre toutes les dettes souveraines européennes et celles de l’Allemagne. Ce resserrement a réussi à dissimuler, mais pas à changer le sentiment de risque qu’ont éprouvé les investisseurs vis-à-vis de la dette périphérique jusqu’à la pandémie de COVID-19. En effet, à mesure que la maladie s’est répandue en Italie et que des mesures de confinement y ont été imposées, les investisseurs se sont rapidement débarrassés des titres de ce type. Aujourd’hui, les primes de risque périphériques sont encore plus basses qu’avant la crise sanitaire. Cela ne veut pourtant pas dire que ce sont des investissements plus sûrs qu’auparavant.
L’absence de politiques fiscales agressives et les nouveaux objectifs de compromis des banques centrales rendent la périphérie encore plus vulnérable. Si les ventes massives de bons du Trésor américain se poursuivent, nous verrons probablement les investisseurs lâcher les dettes souveraines périphériques pour se tourner vers l’autre côté de l’Atlantique. Après tout, la dette périphérique n’offre-t-elle pas un rendement proche de zéro pour les emprunts d’État à dix ans? Selon les indices Bloomberg Barclays, les bons du Trésor américain dont l’échéance se situe entre sept et dix ans offrent maintenant un rendement au pire d’environ 1,3% une fois couverts contre l’EUR. Le différentiel de rendement est énorme, et il va devenir difficile de conserver de la dette grecque à 0,8% quand on peut dépasser 1% de rendement dans les valeurs refuges.
Cette question va donner du fil à retordre à la BCE, qui sait très bien qu’une hausse du coût de financement dans la zone euro nuira à toutes les politiques mises en place jusqu’à présent.

Althea Spinozzi
Saxo Bank
Spécialiste des obligations

En 2017, Althea Spinozzi a rejoint Saxo Bank, où elle travaille en tant que spécialiste des obligations. Althea effectue des recherches sur les titres à revenu fixe et aide directement les clients à choisir et négocier des obligations. Son expérience en dette à effet de levier l’a poussée à se concentrer sur les obligations high-yield et d’entreprises dont le profil risque-rendement est attrayant. Elle contribue régulièrement à l’analyse obligataire de la plateforme
News & Research de Saxo Bank, dans laquelle elle interprète les tendances des marchés obligataires des pays développés et émergents, ainsi que l’évolution des titres investment-grade et high-yield.