Investissement alternatif

Investissement alternatif

février 24, 2022 0 Par Redaction

Cédric Dingens, CAIA
Responsable des solutions d’investissement (clientèle institutionnelle) et de la gestion alternative
Membre du Comité exécutif
NS Partners

L’apport de la gestion alternative dans l’allocation d’actifs

Le débat autour de l’inflation fait rage en ce début d’année 2022. Alors que les arguments en faveur d’une inflation transitoire affrontent ceux prônant le retour d’une inflation structurelle plus élevée et qu’il est difficile d’avoir des certitudes, il est toutefois indéniable que le discours de la Banque centrale américaine a passablement évolué ces derniers mois. Au point que certains analystes se demandent maintenant si la Réserve fédérale américaine (FED) n’a pas tout simplement commis une erreur d’appréciation majeure pouvant mener à des séances compliquées sur les marchés financiers. Il est en tout cas évident qu’à court terme, la FED est si behind the curve qu’elle n’a pas d’autre choix que de commencer à remonter ses taux directeurs dès le mois de mars. Il est d’ailleurs étonnant de constater un tel niveau de divergence entre l’action des banques centrales des pays émergents, qui ont déjà commencé leur cycle de hausse de taux depuis des mois. à l’heure où nous écrivons ces lignes, la FED est toujours active dans l’injection de liquidités dans les marchés !

Or, à l’échelle de la planète, l’inflation est bien aujourd’hui principalement un problème américain (hormis quelques cas particuliers comme la Turquie et sa politique monétaire non orthodoxe ou les prix de l’énergie en Europe) avec la combinaison de plusieurs facteurs : politique monétaire ultra-accommodante, stimuli fiscaux sans précédent, forte croissance économique, excès d’épargne des ménages, sentiment de richesse accru grâce à la hausse du prix des actifs et taux de chômage au plus bas entraînant une pression à la hausse sur les salaires. A cela, il faut ajouter le facteur Chine. En effet, la politique de « zéro Covid » menée par les autorités chinoises, couplée à une immunité de groupe relativement faible et un vaccin moins efficace, engendre des fermetures partielles de l’économie chinoise à répétition. L’impact sur les chaînes d’approvisionnement, notamment pour la production des biens de consommation à destination des pays occidentaux, se fait sentir. Alors que l’inflation globale est faible en Chine, l’inflation sur les coûts de production est en hausse de plus de 10 % sur un an glissant.

Cette situation va amener les banques centrales des pays développés, et au premier chef la FED, à monter les taux très rapidement. Le rythme et l’amplitude sont difficiles à prédire mais la direction est claire. Les conséquences en termes d’allocations d’actifs sont nombreuses et les gérants de portefeuille ne peuvent rester insensibles à ce changement d’environnement macro-économique. Concernant la partie actions, les secteurs estampillés « value » surperforment désormais significativement les secteurs « growth » qui avaient été les grands gagnants de la pandémie et surtout de
la dernière décennie écoulée. Les choix sectoriels vont s’avérer cruciaux et l’année 2021 qui a connu pas moins de dix rotations au cours de l’année montre bien que cela n’est pas chose aisée.
La performance des indices peut masquer certaines réalités. Ainsi, l’indice des valeurs technologiques US, le Nasdaq
a gagné 22 % en 2021 mais sans ses cinq plus grandes capitalisations, l’indice n’aurait été en hausse que de 9 % sur l’année. Il nous semble qu’une approche blended avec un choix de sociétés performantes de qualité est judicieuse
à ce stade. Quant à la poche obligataire, il semble quasi impossible d’espérer un rendement décent sans prendre des risques pour lesquels l’investisseur peut se demander s’il est payé pour les prendre. à quel niveau de rating faut-il descendre pour obtenir un rendement juste correct ?

La période de l’argent gratuit a duré si longtemps que certaines réalités économiques vont refaire surface avec la fin de cette ère et nous ne voyons pas pourquoi les marchés de dette privée seraient immunisés par rapport à la remontée de taux. Autant le modèle de portefeuille classique 60/40, à savoir 60 % d’allocation dans les actions et 40 % dans les obligations, a généré une performance ajustée au risque satisfaisante sur les dix dernières années, autant nous pouvons légitimement nous poser la question pour les mois qui viennent.

Dans ce contexte, les stratégies relative value semblent particulièrement intéressantes à considérer. Celles-ci regroupent des sous-stratégies qui peuvent être variées et s’appliquer à toutes les classes d’actifs cotés mais qui ont comme dénominateur commun la recherche d’une performance consistante peu volatile et surtout décorrélée des marchés. Dans cette catégorie régatent à la fois des sociétés de gestion multistratégies, multitraders, véritables plateformes déployant plusieurs dizaines de milliards d’actifs et qui sont des mini-banques d’investissement en soi, mais également des gérants niches qui implémentent une stratégie d’arbitrage sur un secteur bien défini et une capacité de gestion bien inférieure. Avec une connaissance très approfondie de cet univers d’investissement, la sélection minutieuse et l’accès aux meilleurs gérants permettent de construire des portefeuilles robustes capables de délivrer des performances tout-terrain.

Performance annuelle de la stratégie NS Relative value comparée aux indices obligataires BoA-ML Global Bond et Barclays Global Aggregate 1-5Y
Source: NS Partners, Barclays Global AGG 1-5 TR Index Hedged USD

C’est ce que nous pouvons voir sur le graphique ci-dessus qui montre la performance annuelle de la stratégie NS relative value comparée aux indices obligataires BoA-ML Global Bond et Barclays Global Aggregate 1-5Y. Sur les douze dernières années, la stratégie affiche une performance annuelle moyenne nette de +5,8 % à comparer à +3,4 % et +2,2 % pour les deux indices respectivement nommés précédemment. Si nous analysons les données mensuelles, la volatilité annualisée n’est que de 3,1 % et surtout la corrélation avec les deux indices obligataires est proche de 0. Encore plus intéressant, si nous nous concentrons sur les dix mois durant lesquels le taux à dix ans américain a le plus progressé à la hausse, la stratégie affiche une performance moyenne de +0,96 % alors que l’indice BoA-ML Global Bond affiche exactement la même performance moyenne en valeur absolue mais en négatif -0,96 % !

Cédric Dingens, CAIA
Responsable des solutions d’investissement (clientèle institutionnelle)
et de la gestion alternative
Membre du Comité exécutif
NS Partners

Cédric Dingens a rejoint NS Partners en 2002 et dirige le Département Solutions d’investissement et Clients institutionnels. Il supervise l’activité de gestion alternative et fait partie de l’équipe de gestion de portefeuille et de sélection de fonds alternatifs. Il est également membre du Comité d’allocation d’actifs. Cédric a commencé sa carrière à la Banque du Luxembourg (BIL) en 2001. Après avoir rejoint NS Partners à Luxembourg en 2002 en tant que gérant de portefeuille, il a développé le dispositif interne de gestion quantitative des risques avant d’être nommé responsable de la gestion des risques à Genève en 2010 et d’être promu à son poste actuel en 2016. Il est titulaire d’un diplôme en finance quantitative de l’École nationale supérieure des mines de Nancy et il est Chartered Alternative Investment Analyst.