Dialogue actionnarial: un nouveau cercle vertueux avec les PME

Dialogue actionnarial: un nouveau cercle vertueux avec les PME

juin 1, 2022 Non Par Redaction

L’attrait des investisseurs pour les entreprises se souciant de la durabilité n’a pas manqué de s’emparer du secteur des petites et moyennes capitalisations européennes. Gardons en tête, à cet égard, deux points non négligeables. Premièrement, la mise en place de la nouvelle taxonomie et de la NFRD par la Commission européenne va nécessiter un effort de reporting extra-financier plus important de la part des entreprises et mettre ainsi en lumière celles dont la performance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) est insuffisante. En parallèle, la SFDR exige davantage de transparence de la part des gérants d’actifs et va également les inciter à rechercher les meilleures entreprises en matière d’ESG. Cela pourrait donc générer une bulle: une masse à investir trop importante pour trop peu d’actifs répondant aux nouvelles normes. Si cette bulle n’est pas imminente, il semblerait toutefois qu’à ce jour, près de 40% des actifs sous gestion en Europe sont ou prétendent déjà être en ligne avec les normes SFDR, tandis que moins de 10% des sociétés cotées européennes répondraient aux normes NFRD.

Deuxièmement, il appartiendra à l’investisseur de bien distinguer les sociétés qui, du fait de leurs activités, ont un impact positif sur l’environnement de celles qui s’emploient à respecter non seulement les meilleures pratiques environnementales, mais également sociétales et de bonne gouvernance. En effet, cette dernière présente souvent un potentiel d’amélioration important au sein des petites et moyennes entreprises (PME), que ce soit au niveau de la séparation des fonctions de CEO et de Chairman, de la composition et/ou de la taille des conseils d’administration, du traitement des actionnaires (« une action une voix ») ou tout simplement de la qualité du reporting extra-financier. D’éventuelles défaillances qui s’expliquent souvent par le manque de ressources ou d’expérience. Le dialogue des investisseurs est ici primordial pour faire comprendre à ces entreprises l’importance du respect des bonnes pratiques et d’un bon niveau de transparence.

Une approche aussi pédagogique

Dans les deux cas de figure, il nous apparaît essentiel de combiner une approche quantitative avec une approche plus qualitative et pédagogique dans l’utilisation d’un filtre ESG. De nombreuses PME sont en effet ouvertes au dialogue avec de potentiels investisseurs pour améliorer leurs pratiques. Un exemple concret est celui d’une jeune société active dans les infrastructures de recharges de voitures électriques qui ne comprenait pas pourquoi les fonds ESG ne s’intéressaient pas à elle. En l’occurrence, son conseil d’administration ne comportait que trois membres dont un faisait également partie de la direction, ce qui n’est pas une bonne pratique en matière de gouvernance.

Il est également important d’établir un plan de marche avec les sociétés prêtes à s’améliorer. Typiquement, il nous paraît souhaitable pour les actionnaires de profiter de ces progrès notamment en termes de gouvernance et de reporting. Prenons l’exemple d’une société italienne active dans la régénération de nylon qui ne publiait pas de rapport de durabilité complet et qui disposait d’un conseil d’administration trop petit pour effectuer ses tâches de supervision correctement.  Après divers échanges avec cette société, nous nous sommes accordés sur des mesures d’améliorations (dont certaines étaient déjà prévues) et un agenda précis pour leur mise en place. Cette approche qualitative et de terrain permet précisément de dénicher en amont des entreprises, et donc des investissements, qui pourraient répondre, dans un futur proche, aux nouvelles normes quantitatives.

Tout le monde en profitera

Il faut rappeler ici que les études académiques sont quasi unanimes: une approche ESG forte de la part d’une entreprise permet de réduire le coût du risque et l’on observe effectivement que la majorité des sociétés qui disposent d’une bonne gouvernance sont également bien notées en matière sociétale et environnementale. Au vu des flux financiers croissants cherchant à investir de manière responsable, nous pensons que cette approche proactive de la part des investisseurs, dont le but est d’encourager les sociétés à améliorer leurs pratiques ESG afin d’être pérennes et donc rentables sur le long terme, peut profiter à tout le monde (« win-win »). Sous l’impulsion des investisseurs, les entreprises vont enclencher une dynamique de progrès pour atteindre des standards d’exigence de bonnes notations: ce cercle vertueux management/gérant/actionnaire participe d’un renouveau du capitalisme à visage humain.

Marc Effgen

CFA, CPA Senior Fund Advisor

Clartan Associés

Vincent Kaufmann

CEO

Fondation Ethos