novembre 17, 2021 0 Par Redaction

De la transition à la révolution énergétique ?

Jacques-Aurélien Marcireau
Edmond de Rothschild Asset Management

Dans son nouveau scénario de limitation du réchauffement climatique à +1,5 °C, dévoilé au printemps dernier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) répond à la question qui lui a été posée dans la perspective de la conférence internationale sur le climat, la COP26, qui s’est tenue début novembre 2021 à Glasgow, en écosse, à savoir : « Quel scénario énergétique est compatible avec un engagement zéro émission nette de CO2 d’ici à 2050 et donc un objectif de maintien de la hausse de la température limitée à +1,5 °C à l’horizon 2100, l’énergie concentrant 80 % de l’enjeu climatique ? »

Un scénario volontariste pour les uns, brutal pour les autres

La feuille de route fournie par les experts de l’AIE décoiffe. Elle porte sur un périmètre global, ce qui impose un consensus des gouvernements au niveau mondial.

Pour résumer, l’AIE appelle à un déploiement massif et « immédiat » des technologies carbones existantes.
L’organisation précise aussi que cette bascule se fera à partir de 2030 par l’intermédiaire de technologies encore insuffisamment maîtrisées, au stade de prototypes comme l’hydrogène vert, ainsi que grâce à un changement des comportements, volontaire (évolution de l’état d’esprit du consommateur) ou non (contraintes via les régulations). Pour soutenir et accélérer cette transformation, le signal prix de la tonne de CO2, système déployé dans le monde entier en vue de taxer les énergies les plus polluantes, s’établirait dans les pays développés à 130 dollars la tonne en 2030 puis 250 dollars la tonne en 2050 (real terms 2020 – ajusté des effets de l’inflation).

Le résultat est révolutionnaire même pour les habitués aux scénarios volontaristes de l’AIE tels que le Sustainable Development Scenario – SDS (au-dessous de 2 °C) sur lequel repose la feuille de route Climat d’Edmond de Rothschild Asset Management, formalisée fin 2017 et mise à jour début 2020. Pour les amateurs d’alpinisme, nous pourrions dire que cela revient à passer de l’ascension du Mont-Blanc (Middle Mountains pour les habitués de l’Himalaya) à l’ascension de l’Everest (High Mountains).
Avec ce rapport, on ne parle plus de transition mais de révolution. La bascule doit commencer à avoir lieu dès aujourd’hui, car la décennie déjà entamée sera décisive. à l’arrivée, le paysage du monde énergétique en 2050, et du monde tout court, aura grandement évolué.

L’ensemble des acteurs placés face à leurs responsabilités

Le rapport de l’AIE s’avère très utile et incontournable. Il place tous les acteurs concernés face à leurs responsabilités. L’urgence climatique est là. Nous sommes déjà courant 2021. +1° C, et ce, pour les 100 prochaines années. Alarmiste, l’ONU vient de déclarer qu’on ne peut exclure une température de +1,5 °C dès l’horizon 2025, c’est-à-dire demain en matière de climat. D’autres scénarios tablent sur des estimations pour 2100 à +2,7 °C, 3,7 °C, etc. Ces écarts de températures auront des effets environnementaux, sociaux, économiques, géopolitiques colossaux (stress hydrique, biodiversité, migrations, etc.). à titre de comparaison, dans l’autre sens, un écart de -4 °C a eu comme conséquence l’apparition de glaciers qui ont recouvert une grande majorité de l’Europe il y a quelques dizaines de milliers d’années.

Jean-Philippe Desmartin
Edmond de Rothschild Asset Management


Jean-Philippe Desmartin est directeur de l’Investissement responsable chez Edmond de Rothschild Asset Management depuis septembre 2016 et est également membre de plusieurs groupes de travail et comités internationaux (EFFAS, PRI, WICI). Il est diplômé de l’Université de Paris II en droit des affaires et en gestion, ainsi que de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris (section économique et financière). Il est coauteur de trois livres sur l’investissement responsable.