Edric Speckert,  nouveau responsable Suisse romande de PensExpert SA

Edric Speckert, nouveau responsable Suisse romande de PensExpert SA

février 22, 2022 0 Par Daniel Stanislaus Martel

En ce début 2022, PensExpert, le leader suisse de la prévoyance individualisée et bien connu des lecteurs de « Point de mire » (voir les numéros #56, #64, #67, #75), poursuit son évolution stratégique et le renouvellement de sa gouvernance. Pour rappel, le prestataire lucernois en solutions de prévoyance annonçait, il y a une année, la nomination au 1er janvier 2021 de Rafael Lötscher comme nouveau directeur général. Cofondateur de PensExpert, Jörg Odermatt prenait alors la présidence du Conseil d’administration après plus de vingt ans à la tête de la direction de l’entreprise.

PensExpert a annoncé la nomination au 1er décembre 2021 d’Edric Speckert comme nouveau responsable de la Suisse romande. Ce Genevois de 44 ans, spécialiste du wealth management et de la prévoyance, aura pour mission de poursuivre, depuis Lausanne, le développement du marché romand. C’est dans ce contexte que « Point de mire » a rencontré Edric Speckert pour une première grande interview exclusive lui permettant d’exposer les « next steps » de la stratégie de PensExpert en Suisse romande. écoutons-le !

Propos recueillis en exclusivité pour Point de Mire par Daniel Stanislaus Martel

“La première pierre de PensExpert SA a été posée à Lucerne en mai 2000 et cela fait maintenant vingt ans que nous dirigeons une activité couronnée de succès. Nous faisons aujourd’hui partie des prestataires de premier plan, en Suisse et en Allemagne, qui proposent des concepts de prévoyance individualisés, incluant une autonomie et une responsabilité personnelle.”

Edric Speckert

Évolution de la gouvernance et nouvelle organisation

Point de mire : Vous avez pris vos nouvelles responsabilités auprès de PensExpert après avoir été longtemps actif dans le private banking comme Wealth Manager. Pouvez-vous nous expliquer de quelle manière votre parcours professionnel vous a amené à évoluer vers la prévoyance ?

Edric Speckert : Après la fin de mes études à l’Université de Genève, j’ai décidé d’entamer ma carrière dans le domaine bancaire sur le marché domestique suisse. J’ai ainsi commencé à travailler pour la banque Wegelin qui était autrefois la plus ancienne banque privée de Suisse.
Après quelques années passées à pratiquer le marché onshore, j’ai évolué sur le marché du Proche-Orient où j’ai longtemps servi des clients dans la région du Levant (Liban, Jordanie, Syrie et Irak) notamment pour le Credit Suisse et la banque Vontobel. La violente crise économique et géopolitique qui a secoué les pays de la région au milieu de la décennie passée m’a fait ensuite revenir sur le marché suisse. Je me suis alors décidé à me spécialiser dans le domaine de la prévoyance que je connaissais déjà relativement bien puisque j’avais déjà collaboré avec PensExpert à l’époque où je travaillais pour Wegelin. à cette époque, les plans 1e Flex en étaient à leurs débuts et étaient très prisés par la clientèle. à cet égard, PensExpert a d’ailleurs été la première société à proposer des solutions 1e Flex à travers sa fondation PensFlex en 2000.

PdM : En tant que nouveau responsable de l’activité de PensExpert pour la Suisse romande, quelles vont être vos priorités pour le développement de ce marché particulièrement compétitif et quels sont vos objectifs pour ces prochaines années ?

E.S. : PensExpert a un solide positionnement en Suisse romande et bénéficie d’une excellente image de marque. Il s’agira pour moi de perpétuer cet héritage et de maintenir la qualité de service à un niveau élevé. Cela demande bien évidemment un engagement important. Mais j’ai fort heureusement la chance d’être entouré d’une équipe déjà en place qui bénéficie d’une longue et très solide expérience dans le domaine de la prévoyance. Par ailleurs, l’expertise de PensExpert en matière de prévoyance professionnelle est largement reconnue par l’ensemble des acteurs du marché
de la prévoyance. En ce qui concerne nos solutions de prévoyance, elles ont pour caractéristiques d’être flexibles et très innovantes. Cela représente un facteur clé de succès hautement important pour notre entreprise. Il s’agira par conséquent de capitaliser sur ces différents atouts afin de poursuivre le développement de PensExpert en Suisse romande… Et naturellement, aussi, de profiter du fait que le marché de la prévoyance est en forte croissance dans notre pays.
On estime à ce sujet que le marché de la prévoyance helvétique s’élève à 1300 milliards de CHF entre les 2e et 3e piliers (système de capitalisation), soit environ deux fois le PIB Suisse qui est estimé à 700 milliards de CHF en 2022.

PensExpert face à l’enjeu de la transition digitale dans la prévoyance

PdM : Ces dernières années, la digitalisation est devenue également un enjeu central pour les prestataires en solutions de prévoyance. Comment la société PensExpert se positionne-t-elle par rapport à ses compétiteurs et suite à l’accélération de la digitalisation de l’industrie de services dans le contexte de la crise sanitaire ?

E.S. : La digitalisation touche aujourd’hui tous les domaines de l’économie. Naturellement, le domaine de la prévoyance, tout comme celui de la finance, n’échappe pas à cette tendance de fond. à notre époque, la digitalisation des solutions de prévoyance représente un facteur clé de succès indéniable. Chez PensExpert, nous veillons par conséquent actuellement à proposer un accès online à nos clients pour chacune de nos solutions de prévoyance. La jeune génération et les milléniaux sont particulièrement adeptes de ce genre de solutions, même si, en raison de leur âge, ils ne représentent pas pour l’instant notre clientèle principale. Dans cette perspective, nous développons depuis l’année dernière nos solutions Pensportal déjà disponibles pour nos fondations PensFlex et PensUnit pour nos solutions de libre passage. Ce nouvel accès en ligne sera mis à disposition de nos clients B2C au début du second semestre de cette année.

PdM : En matière de transition digitale, plusieurs acteurs de la prévoyance privée ont mis en place des collaborations avec des fintechs pour le développement de leur infrastructure numérique. Quelle est la stratégie de PensExpert en termes d’expérience client digitale avec vos preneurs de prévoyance ?

E.S. : PensExpert ne travaille pas directement avec des fintechs mais développe ses propres solutions à l’interne. à nos yeux, l’expérience client est réellement optimisée lorsque les solutions digitales sont ingénieusement combinées avec un conseil de qualité. Le conseil personnalisé a toujours fait partie de l’ADN de notre société. Les évolutions technologiques en matière de transition digitale vont faciliter l’accès des clients
à leurs solutions de prévoyance, mais la qualité du conseil demeurera, selon nous, toujours essentielle et primordiale.
Il s’agira par conséquent de combiner avantageusement ces deux dimensions cardinales.

Edric Speckert pilotera le développement de PensExpert SA en Suisse romande depuis les bureaux lausannois de la société à l’avenue de Rumine, 33. © PensExpert SA.

PensExpert par rapport à l’évolution de la prévoyance professionnelle et individuelle

PdM : Le financement par la capitalisation des prestations de la prévoyance professionnelle a fait preuve d’une grande résilience ces dernières années malgré un contexte conjoncturel complexe et marqué, ces derniers mois, par une crise sanitaire sans précédent. Comment voyez-vous à moyen terme l’évolution des paramètres techniques liés à
la prévoyance professionnelle et plus particulièrement de celui du taux technique dont le calcul a récemment été adapté avec la modification de la Directive technique ad hoc (i.e. « DTA4 ») ?

E.S. : à nos yeux, les redistributions dans les institutions de prévoyance enveloppantes continueront d’avoir lieu tant que les prescriptions politiques ou réglementaires telles que le taux d’intérêt minimal et le taux de conversion minimal ne seront pas adaptées conformément à la réalité. Dans cette perspective, les taux de conversion pour les avoirs de prévoyance surobligatoire auront donc tendance à structurellement continuer à baisser à l’avenir. Certaines institutions de prévoyance ont toutefois déjà fait leurs devoirs et affichent des taux de conversion réalistes de l’ordre de 4 % à 5 %.

PdM : Le segment de la prévoyance professionnelle extra-obligatoire (surobligatoire) a connu de fortes évolutions depuis 2017 en liaison notamment avec la modification de la loi fédérale sur le libre passage. L’individualisation de la gestion de fortune au niveau de ce segment très particulier de la prévoyance professionnelle a sans doute atteint ses limites. Rappelons aux lecteurs de Point de mire que PensExpert a fait œuvre de pionnier en matière de solution « 1e » avec le lancement en 2000 de la fondation collective PensFlex. Dans ce contexte, comment PensExpert a-t-il fait évoluer son dispositif de solutions en prévoyance professionnelle surobligatoire destinée aux PME et indépendants et quel est l’objectif de développement dans ce segment ?

E.S. : PensExpert a fait évoluer ses fondations au gré des besoins de ses clients et de la demande du marché. PensFlex a été la première fondation, lancée par notre fondateur Jörg Odermatt en 2000. Ensuite, PensExpert a pris la décision de se lancer dans le créneau du B2C avec la création des fondations PensFree en 2001 et Independent en 2010 (dans l’intervalle, Pens3a a été lancée en 2006). Plus récemment, PensUnit a été fondée en 2017 pour faire face à la demande de nouvelles solutions innovantes et à la réduction du taux d’intérêt à 0 % pour le calcul des rachats concernant les solutions 1e Flex. PensUnit propose des solutions de prévoyance surobligatoire à partir d’un seuil d’entrée à 86’040 CHF et avec un taux d’intérêt de 2 % pour le calcul des rachats, permettant ainsi de maximiser les capacités de rachat. Cette fondation se développe très rapidement, avec des encours de plus de 1 milliard de CHF, après quelques années d’activité seulement. Aujourd’hui, PensExpert gère cinq fondations dans le domaine B2B et B2C : PensFlex, PensUnit, Independent, PensFree et Pens3a. Début 2022, elle administre des avoirs pour environ 8 milliards de CHF.

PdM : La prévoyance individuelle (3a) a connu très récemment un grand développement avec l’arrivée d’acteurs bancaires importants qui, en l’espace de quelques mois, ont pris une grande place sur ce marché estimé par les spécialistes à quelque 150 milliards de CHF. En 2022, plusieurs initiatives stratégiques sont d’ailleurs sur le point d’être lancées par des acteurs de la prévoyance actifs du côté de l’asset management. Au niveau de PensExpert, comment s’est développé ce marché à l’aune de la fondation Pens3a et représente-t-il également un axe stratégique de développement ?

E.S.: Dans le domaine B2C, PensExpert a toujours choisi d’axer son développement stratégique sur les solutions de libre passage au détriment des solutions de prévoyance individuelle 3a. Nos fondations PensFree et Independent gèrent aujourd’hui des avoirs pour plus de 5 milliards de CHF. Le « client moyen » de nos fondations de libre passage dispose d’une fortune de prévoyance d’environ 900’000 CHF.
En comparaison, notre fondation Pens3a est de taille beaucoup plus modeste. Elle dispose d’avoirs de prévoyance qui s’élèvent pour le moment à 40 millions de CHF. Nous sommes toutefois en train de développer une solution digitale qui devrait permettre à cette fondation de croître de façon plus dynamique et soutenue dans un avenir proche.

PdM : Quant à la gestion de fortune, elle est réalisée par l’intermédiaire de gestionnaires de fortune agréés par les fondations partenaires de PensExpert. Comment votre entreprise s’est-elle adaptée à l’entrée en vigueur de la loi sur les services financiers (LSFin) notamment, d’une part, en termes de profilage de vos preneurs de prévoyance par rapport au libre choix des placements et, d’autre part, en termes de risk management pour le suivi de vos courtiers et partenaires actifs dans le conseil financier désormais ?

E.S. : Avec ce changement de l’environnement réglementaire, notre gestion des risques n’a pas connu de grandes modifications, car nous avons toujours accordé une grande importance au professionnalisme de nos partenaires. Néanmoins, l’introduction de la LSFin a essentiellement permis d’uniformiser les règles d’autorisation et de surveillance des prestataires de services financiers, ce dont nous nous réjouissons, naturellement.

Edric Speckert a étudié à l’Université de Genève ainsi qu’à l’IMD de Lausanne et apporte une longue expérience dans
la prévoyance professionnelle et le conseil en placement. Au cours de sa carrière, il a notamment travaillé pour Liberty Vorsorge AG, Vontobel, Credit Suisse SA et Wegelin &  Co.
Il est originaire de Genève et parle, en plus du français, l’allemand, l’anglais et l’espagnol.

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