Marché européen

Marché européen

février 21, 2022 Non Par Redaction

En 2022, les actions européennes ont le vent en poupe. Comment profiter de la rotation en faveur des secteurs cycliques et value ?

Valentin Bissat, CFA, CAIA

Economiste senior
Mirabaud Asset Management

La volatilité a fait son grand retour en ce début d’année sur les marchés financiers, un signe du retour de l’aversion au risque chez les investisseurs. En cause : trois sources majeures d’incertitudes venues noircir les perspectives pour 2022. L’émergence du variant Omicron en fin d’année dernière et les conséquences sur l’activité qui lui sont liées, la persistance d’un niveau d’inflation élevé aux États-Unis et dans d’autres pays développés, et le tournant de la Réserve fédérale américaine en faveur d’une politique monétaire plus restrictive pour les années à venir. Malgré cet environnement a priori peu porteur pour les marchés, les actions européennes représentent une opportunité d’investissement attractive et devraient pouvoir enfin tirer leur épingle du jeu après des années de sous-performance.

Risques et opportunités

En premier lieu, les incertitudes énumérées plus haut devraient se réduire dès le deuxième trimestre. Le pic des nouveaux cas de Covid-19 a été atteint ces dernières semaines dans les premiers pays touchés par le variant Omicron. Les données les plus récentes semblent attester d’une dangerosité largement inférieure de ce variant par rapport au variant Delta, ce qui encouragera les gouvernements à entreprendre un retour rapide vers une certaine normalité.
Par ailleurs, l’activité économique a peu souffert des nouvelles mesures sanitaires, moins restrictives que lors des précédentes vagues de contamination.
Du côté de l’inflation, la pression sur les prix va commencer à se réduire. Au niveau mondial, la production industrielle a rebondi fortement durant le quatrième trimestre de l’année dernière, les stocks se reconstituent et les goulets d’étranglement sont en passe d’être éliminés. Ainsi, la pression sur le prix des intrants devrait s’atténuer. La hausse des salaires, principalement aux États-Unis, est un risque pour les marges des sociétés et est amenée à se poursuivre. Pourtant, dans un environnement de forte croissance économique, la hausse des revenus supportera la demande privée, et donc les ventes. Les sociétés de qualité seront ainsi capables de répercuter la hausse du coût du travail sur leur prix de vente et de maintenir leurs marges.
En raison de ces nombreuses incertitudes, les investisseurs sont actuellement très prudents sur leurs prévisions de croissance économique (4 %) et de croissance des bénéfices des sociétés (6,5 %) pour 2022 en Europe. Nous estimons pour notre part que l’activité restera forte cette année, qu’elle se maintiendra largement au-dessus de son potentiel de long terme et que la croissance des bénéfices s’établira autour de 10 %. Cette croissance des bénéfices est d’ailleurs en ligne avec une croissance du PIB nominal de 8 % en zone euro. Ainsi, ce terreau nous semble très propice à des surprises positives lors des saisons de résultats à venir. L’amélioration des indices des directeurs d’achat (PMI) manufacturier et des services suite à la vague Omicron sera un facteur supplémentaire devant entraîner des révisions à la hausse des bénéfices.
Cela est d’autant plus important qu’ils contribueront à la grande majorité de la hausse des marchés d’actions cette année. En effet, la hausse des taux d’intérêt directeurs par les banques centrales des pays anglo-saxons et la baisse attendue du bilan de la Réserve fédérale américaine durant le deuxième semestre mettront les valorisations
des sociétés sous pression.

Relation entre le réel et le relatif value/croissance
Source : Réserve fédérale américaine, Bloomberg, Mirabaud Asset Management

Quels secteurs privilégier ?

L’environnement macro-économique décrit précédemment devrait bénéficier aux actions européennes et plus particulièrement aux secteurs cycliques et aux titres value qui ont tendance à surperformer durant les phases de remontée des rendements obligataires. Comparés aux titres de croissance dont les valorisations ont commencé à se dégonfler depuis le début de l’année, les titres value et cycliques ont des niveaux de valorisation absolus et relatifs très attractifs. Notre préférence se porte sur les secteurs cycliques dont la croissance des bénéfices sera supérieure aux secteurs défensifs, avec une préférence pour le secteur financier européen dont les revenus sont liés positivement au niveau des taux d’intérêt à court terme et à la pentification de la courbe des rendements.

Si la Banque centrale européenne (BCE) devait mettre fin graduellement aux taux d’intérêt négatifs sur ses dépôts, la croissance des bénéfices des sociétés financières serait par ailleurs d’autant plus forte. à l’heu re actuelle, les investisseurs anticipent une première hausse des taux de la BCE pour le mois de septembre. Le secteur industriel ainsi que les secteurs des matériaux et de l’énergie devraient bénéficier de leur forte exposition à la croissance économique mondiale et à la reprise en Chine après le ralentissement constaté ces derniers trimestres.

La Banque centrale chinoise, à l’inverse de ses consœurs, mènera une politique monétaire expansionniste en cette année charnière pour le Parti communiste.
La tendance observée sur le prix des matières premières suggère également une nouvelle hausse du cours de ces secteurs.

Encore du potentiel ?

Cette rotation en faveur des secteurs cycliques et value au détriment des secteurs défensifs et de croissance a déjà commencé en ce début d’année comme l’attestent la baisse de près de 7 % du Nasdaq et la hausse du secteur de l’énergie de près de 19 % en Europe notamment. Une question légitime est donc de savoir si cette tendance est amenée à se poursuivre. Si l’on observe la performance relative entre les titres value et croissance sur les trois dernières années, nous constatons que la surperformance actuelle n’a de loin pas comblé le retard entre ces deux styles d’investissement et que le potentiel de hausse reste intact. Par ailleurs, leur performance relative est fortement corrélée à l’évolution des taux d’intérêt réels. Nous estimons, pour notre part, que la baisse de l’inflation à venir couplée à la normalisation de la politique monétaire devraient faire remonter les taux d’intérêt réels autour de 0 % d’ici à la fin de l’année. La baisse possible du bilan de la Réserve fédérale aura un effet important sur les taux d’intérêt à long terme alors que le Trésor américain s’apprête à émettre un montant important de dettes ces deux prochaines années. Dans ces conditions, le potentiel de rattrapage est encore bien présent.

Valentin Bissat, CFA, CAIA

Mirabaud Asset Management

Valentin Bissat, économiste-stratégiste senior au sein de l’équipe Stratégie de Mirabaud Asset Management et membre du Comité d’investissement, travaille aux côtés de l’économiste en chef responsable des études et analyses macro économiques et collabore avec le CIO des Mandats balancés et de l’Allocation d’actifs sur l’analyse et l’élaboration d’indicateurs financiers relatifs à la stratégie d’investissement. Il gère les grilles d’investissement de la banque. Valentin Bissat est diplômé de l’Université de Genève, de l’Université de Saint-Gall (HSG) et est titulaire des certificats CFA et CAIA.