Isabelle Jacob-Nebout,               Responsable Wealth Management d’Indosuez Wealth Management en Suisse

Isabelle Jacob-Nebout, Responsable Wealth Management d’Indosuez Wealth Management en Suisse

août 26, 2021 0 Par Daniel Stanislaus Martel

Un nouveau Wealth Management pour le monde postpandémie

Propos recueillis en exclusivité pour Point de Mire par Daniel Stanislaus Martel

Le Wealth Management de demain aura toujours pour objectif de faire fructifier les patrimoines confiés. Malgré les grandes mutations en cours fin 2019, la pandémie l’aura toutefois transformé. La voie vers une gestion efficiente et responsable passait déjà par une considération des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) mais les moyens pour y parvenir sont désormais dématérialisés et dépendent des « nouvelles » technologies. Indosuez, active en Suisse depuis 145 ans, a toujours su anticiper les tendances et s’y préparer. S’appuyer sur le savoir-faire et accompagner la carrière des femmes compétentes en fait partie. Figure d’exemple en matière d’égalité sur la place financière genevoise et suisse, la banque dispose de nombreux atouts pour fidéliser et développer sa clientèle. Une fois de plus, l’institution aura su prendre les devants et innover.

Point de Mire : Vous avez pris les rênes du Wealth Management de Indosuez Wealth Management en mars 2020, donc juste au début de la pandémie. En quoi cette crise sanitaire a-t-elle changé la donne ?

Isabelle Jacob-Nebout  : La pandémie a été un accélérateur extraordinaire des transformations en cours dans nos sociétés. Au sein d’Indosuez, nous l’avons plus spécifiquement ressenti au niveau de notre environnement. À mon arrivée, l’innovation, la digitalisation et la finance durable étaient déjà au cœur de la feuille de route mais la pandémie a été un moteur dans leur adoption, tant au niveau de nos collaborateurs qu’au service de nos clients.

Nous avons par exemple lancé l’Innovation Lab d’Indosuez. Cet espace situé à Paris accueille les clients d’Indosuez et les invite à contribuer au développement et à l’amélioration de produits en donnant notamment leur avis sur nos prototypes. Cette approche nous permet de mieux anticiper leurs attentes et de rester à la pointe de notre industrie dont le rythme de transformation est très rapide. Deux projets portés par nos collaborateurs suisses sont d’ailleurs déjà en cours d’incubation.

PdM : Indosuez Wealth Management est une institution mondiale. Quels marchés ont été porteurs avant la pandémie et lesquels sont en train de le devenir sous l’angle de la gestion privée ?

I.J-N. : Présent en Suisse depuis 145 ans, Indosuez conseille et accompagne ses clients pour préserver et faire fructifier leur fortune dans toutes les conditions de marché. Ce n’est donc pas la première crise que nous les aidons à traverser. La Suisse a su conserver son rôle de safe haven grâce à sa stabilité économique, politique et monétaire. Sa gestion de la crise sanitaire lui a permis de démontrer une nouvelle fois son agilité et elle a réussi à préserver ses intérêts dans le jeu des puissances mondiales. Pour nos clients, notre plateforme suisse, de même que la sécurité et le savoir-faire du groupe Crédit Agricole – 10ème banque mondiale et 1er gestionnaire d’actifs en Europe – sont des atouts indéniables.

En termes de géographie, nous sommes très actifs en Asie, au Moyen-Orient et en Europe. Or chacun de ces marchés s’est relevé de la crise à un rythme différent et nous avons eu à cœur d’accompagner nos clients en conséquence.


PdM : Vous exercez votre métier à Genève depuis longtemps. Les récentes évolutions segmentaires en Suisse (LSFin/LEFin) poussent de plus en plus les professionnels du Wealth Management à s’appuyer un business model articulé autour d’une « simple » licence FINMA plutôt que d’une licence bancaire pour la gestion de fortune privée et institutionnelle. Redoutez-vous la concurrence de ces nouvelles sociétés de gestion de fortune et de Family Office, ou y voyez-vous au contraire une forme d’émulation favorable au développement de la place financière suisse ?

I.J-N. : Peu de places financières offrent une telle diversité de talents et un réseau aussi dense d’activités liées à la finance. Cette chaîne d’expertises unique joue assurément un rôle d’aimant pour de nombreuses grandes fortunes. Tout ce qui contribue à développer l’expertise, les compétences et l’innovation de la place suisse est à encourager. Nous avons une offre dédiée pour les Family Offices et les External Asset Managers avec qui nous travaillons en parfaite complémentarité. En mettant à leur disposition notre expertise, notre offre complète (crédit, Private Equity, produits structurés) et l’accès au multi-booking du groupe Indosuez et du Crédit Agricole, nous sommes bien plus qu’une banque dépositaire.

Indosuez Wealth Management face à l’actualité

PdM : On parle désormais du monde post-Covid-19, quelles sont d’après vous les trois tendances dominantes qui s’annoncent pour le Wealth Management en général et en Suisse ?

R I.J-N. : L’innovation, les investissements durables et la place des femmes dans les postes de direction. Il n’y aura pas de retour en arrière.

PdM : Qui sont vos clients actuels et, d’après-vous, quelles fortunes en cours de constitution rechercheront les prestations de Indosuez Wealth Management ?

I.J-N. : Les entrepreneurs sont historiquement notre cœur de cible et beaucoup de nos clients sont des entrepreneurs actifs. Il s’agit d’une typologie de clientèle qui s’internationalise et dont les attentes de plus en plus sophistiquées se situent à la croisée d’une banque d’affaires et d’une banque privée avec une prise en charge complète de leur patrimoine, privé, familial et corporate.

Nous accompagnons aussi les groupes familiaux (Family Holdings) qui requièrent un dispositif sur mesure. À cette fin nous avons créé en juin 2020 – conjointement avec Crédit Agricole CIB – une équipe dédiée, capable de leur offrir un « conseil corporate » pointu et de les aider dans leur développement. Cette équipe s’appuie sur l’expertise de l’ensemble
des banquiers d’Indosuez et de Crédit Agricole CIB à l’international.


PdM : En matière de prévoyance privée, comment Indosuez Wealth Management est-il positionné en Suisse pour les acteurs du Wealth Management ?

I.J-N. : A ce jour nous ne sommes pas encore sur ce segment, mais c’est une piste de réflexion car nous avons beaucoup d’atouts pour y entrer, notamment un savoir-faire en gestion sur mesure et en gestion délégataire.


PdM : Comment voyez-vous l’évolution du système de prévoyance en Suisse et plus particulièrement le financement
des prestations de nos caisses de pensions par la capitalisation et le tiers cotisant dans un monde qui continuer
à être caractérisé par les taux zéro ?

I.J-N. : L’environnement de taux zéro et même négatif n’est pas nouveau pour les caisses de pensions suisses. Elles se sont petits à petit adaptés à cette contrainte en diversifiant leurs actifs à l’international et en investissant une part plus importante dans les actifs privés tout en couvrant le risque de change. Le coût de couverture du taux de change a en effet chuté en 2020 notamment vis-à-vis du dollar américain puisque les taux US ont plus baissé que les taux suisses.

Par ailleurs, un amendement sur la loi sur les placements des institutions de prévoyance l’an dernier permet dorénavant aux caisses de pensions d’investir dans les infrastructures à hauteur de 10%.

Les infrastructures (autoroutes, barrages hydroélectriques, réseaux télécom…) sont une classe d’actifs intéressante pour les fonds de pension car peu d’investisseurs peuvent investir à 10 ou 15 ans et elles offrent aussi une diversification vis-à-vis des classes d’actifs traditionnelles comme les actions ou les obligations

La finance : se féminise-t-elle ?

PdM : Quelles sont d’après vous les atouts particuliers des femmes dans le monde de la finance ?

I.J-N. : Aujourd’hui, une nouvelle génération de femmes banquiers émerge dotée d’un set complet de compétences, à la fois financières et comportementales. Auparavant, les banquiers privés étaient le seul point de contact du client alors qu’aujourd’hui les gestionnaires de patrimoines sont entourés d’experts clés et sont devenus des « chefs d’orchestre ». Les femmes sont généralement très douées dans ce rôle, avec un talent particulier pour les interactions et la transversalité, sachant tirer parti de toutes les capacités d’un grand groupe international comme le nôtre.

PdM : Comment les institutions financières peuvent-elles le mieux promouvoir l’égalité des femmes dans les faits ?

I.J-N. : Même en 2021, il reste important de sensibiliser les femmes sur leur propre potentiel, de même que leurs managers. À cette fin, Indosuez a mis en place un plan d’actions dédié, avec des programmes visant à repérer les talents féminins et à les aider à développer leurs compétences et leur carrière, par le biais du mentorat et de formations ciblées. Notre banque a également décroché en 2020 le label Fair-on-pay d’employeur équitable qui confirme son attachement au principe d’équité de rémunération et sa volonté d’ancrer la mixité au cœur de son développement

Faisons le point !

PdM : Quelle mesure en faveur des femmes désireuses de faire carrière dans la finance recommandez-vous en priorité aux institutions ?

I.J-N. : Les institutions doivent travailler en priorité sur un modèle de recrutement qui exclut tout biais. Ensuite vient
un meilleur accompagnement de carrière avec notamment l’aménagement du temps de travail et la mise à disposition d’outils et de moyens, que ce soit via des formations ou du mentorat. Au sein d’Indosuez, la mixité fait désormais l’objet d’un plan d’actions dédié car offrir aux femmes et aux hommes les mêmes possibilités d’évolution suppose de mettre en œuvre des mesures concrètes.

Isabelle Jacob-Nebout dirige l’activité Wealth Management d’Indosuez Wealth Management en Suisse depuis mars 2020 et est membre du Comité Exécutif de la filiale suisse du groupe. Avant de rejoindre la banque, elle a occupé différents postes au sein du groupe BNP Paribas. Diplômée de l’INSEEC à Paris, Isabelle Jacob-Nebout a approfondi sa formation en finance et en marketing à l’Université de Californie, à Berkeley. Aujourd’hui elle siège aussi au conseil d’administration de l’Institut Supérieur de Formation Bancaire (ISFB) à Genève.

En Suisse depuis 1876, CA Indosuez (Switzerland) SA est également présente en Asie et au Moyen-Orient. Outre ses activités de gestion de fortune, elle est active dans les domaines du financement transactionnel de matières premières
et de la banque commerciale. La banque gère CHF 39.3 milliards mia d’actifs et compte près de 1000 collaborateurs.

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